Etre humain c’est être capable de s’allier

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Les humains ont parmi toutes les formes du vivant une place spécifique : capables de se détruire et de détruire leur milieu, ils peuvent aussi se relier en eux -mêmes et aux autres d’une manière singulière.

Aucun autre être ne met si longtemps à grandir, à prendre son autonomie par rapport à sa famille terrestre que l’humain. La relation que nous nouons avec le monde environnant est incontournablement faite d’abord de ce vécu, dans lequel les empreintes et les mémoires familiales et généalogiques nous donnent des matériaux pour prendre corps, mais constituent aussi des matrices parfois enfermantes et perverses. Le sujet humain doit rencontrer ces données de son appartenance, les reconnaître, mais refuser la tentation de s’y identifier, sous peine de n’être qu’un « membre « du corps familial, et non pas une personne à part entière. Entrer en conscience dans son arbre et son passé, c’est souvent traverser l’enfer, la guerre, affronter les démons de ses parents et de son enfance, pour trouver enfin, un jour, un havre de paix , la sécurité véritable, intérieure, dans laquelle nous ne dépendons plus de l’approbation de l’autre pour exister .

L’alliance doit avoir un lieu en soi-même, un espace psychique et corporel dans lequel les composantes masculines et féminines de notre être se rencontrent en harmonie.

La plupart du temps, l’attirance entre hommes et femmes se fait d’abord sur un plan inconscient et pulsionnel, et si l’espèce y trouve plus ou moins son compte en se perpétuant, le cœur des hommes et des femmes reste esseulé, aussi longtemps que chacun espère de l’autre une satisfaction, un remède à son manque, un bénéfice, et non pas une harmonie partagée. Identifiés à des parents souvent mutilés dans leurs propres images intérieures, la vision avec laquelle nous vivons le rapport masculin /féminin est plutôt celle du divorce , de l’indifférence ou de la haine, et notre corps comme notre esprit attestent de la douleur causée par cette violence.

Le travail transgénérationnel avec de nombreuses personnes a éclairé pour moi ce qui se rejoue au niveau des individus, des couples, des familles, et même des modèles de sociétés comme une impasse de la relation masculin/féminin. Associé à la pensée énergétique chinoise, il permet de comprendre combien l’ombre généalogique du passé prive l’individu de sa liberté à se penser entier, avant de pouvoir s’allier à un autre. De ce fait, la fertilité psychique des rencontres, la parenté, la sexualité, l’imaginaire du couple sont étriqués, appauvris. Des malentendus psychologiques et symboliques opposent les sexes au lieu de les réunir dans l’émerveillement de leurs différences.

Je propose de réfléchir au sens profond de l’alliance et du mariage, qui est d’abord en soi et ensuite avec l’autre, sans quoi nous restons des affamés avides de remédier à notre souffrance.
Nous plaignant de notre sentiment d’abandon , de désespoir ou d’échec, nous oublions que s’allier est le préalable de se relier. Comment alors rencontrer l’autre si nous sommes nous mêmes incomplets, divisés, en guerre ? Il faut trouver sa propre unité et sa sécurité intérieure pour que l’alliance puisse naître à l’extérieur